Nos verres à papa !

Il y a ces moments où tout est vide de sens, même les mots. C’est cela, je crois qui fait toute la beauté du silence. Et quand il faut à tout prix s’exprimer, on se demande à chaque fois comment traduire ce silence. As-tu déjà vécu ces moments où tu as dit : je t’aime, on se doit de rester fort, de rester souder, de se soutenir l’un l’autre…tout cela dans un seul mot que tu n’as même pas eu besoin de prononcer ? Si oui, tu sais comment le silence peut être beau et fort. J’ai vécu tout cela ce mercredi 1er mai.

Il était aux environs de 7h, Joël avait ramené maman à la maison. Je me suis retrouvé seul dans la cour de l’hôpital. Et je me suis mis à pleurer. Cela faisait environ 10ans depuis que je n’avais pas pleuré. J’essayais de me calmer, d’essuyer mes larmes quand Johanne arriva. Elle me tendit les bras. Le câlin le plus fort, le plus sincère que j’ai eu de ma vie. On ne s’est rien dit. On a juste pleuré sur les épaules de l’autre. On ne s’est rien dit. Du moins, on n’a pas eu à dire quoi que ce soit pour tous se dire.

Souvenir.

Petits, chaque soir, tu nous racontais des histoires. Tu en avais un tas. Et quand tu les avais toutes épuisées, tu prenais plaisir à nous raconter les mêmes encore et encore et cela t’es resté jusqu’à la fin. Combien de fois tu as passé la journée à raconter la même histoire ? Parfois avec les mêmes mots, d’autre fois avec des petites variations. C’était comme si t’étais sur replay. Parfois, je t’avoue, cela devenait lassant. Mais je prenais plaisir de voir à quel point tu plaisais à tous ceux qui te rencontraient. Ils te trouvaient amusant. Ils n’ont heureusement pas connu les rudes années de Joël. Lui, il a connu la main de fer avec toi. Moi, je suis venu à cet âge-là où tout le monde s’adoucit. À 69ans, on devient surement plus doux et plus sage. Je suis venu au bon moment. J’ai failli rester à la gare du néant, je sais, mais j’ai eu la chance de ne pas rater le dernier train, la dernière occasion.

Je suis fier de t’avoir eu pour père. T’étais pas parfait. Dieu sait que t’étais loin de l’être. Mais aucun homme ne l’est. Et si c’était à refaire, s’il fallait choisir son père, pour rien au monde, je n’aurais choisi un autre.

Tu n’étais pas fier que je choisisse la psychologie. Quand tu parlais de tes enfants, tu disais que t’avais deux avocats et un médecin. Je ne t’en jamais voulu. Tu n’aimais pas non plus ce côté artiste. Mais tu sais, je t’ai surpris à plusieurs reprises perdu dans la lecture de mon premier bouquin. Je me rappelle aussi le bonheur qui se lisait sur ton visage à ma première vente signature à la FILHA.

Je ne sais pas si tu t’en rappelles de ce mois qu’on avait passé seuls. Juste toi et moi. On avait l’habitude de se parler. Tu évoquais des souvenirs. Ces derniers commençaient à devenir flous. Tu disais souvent que t’étais le dernier de ta génération. Le dernier enfant de ta mère encore en vie. Tu disais aussi que tous tes amis, eux aussi, étaient déjà partis…

Tu nous as laissés en héritage des valeurs qui n’ont pas de prix. L’amour, le respect, la force… si je suis courageux, je ne le tiens surement pas de toi. M poko janm kwaze yon nèg kapon tankou w !!! Peut-être Joël. En ce sens, il n’y a pas de doute, c’est sûrement ton fils. Je me demande encore comment que tu faisais dans l’armée. Combien de fois, j’ai essayé d’imaginer la scène quand tu as dû passer des nuits dans des cimetières comme tu disais en faisant ton devoir de soldat.

Tu étais plein de vie. Tu pouvais faire une bêtise, tout le monde pouvait se mettre en colère contre toi et toi tu gardais le sourire. Parfois, c’était trop agaçant. Comme si tu avais fait exprès. Mais au fond, tu étais un homme bon. Je crois que c’est à cause de notre vécu que j’accorde toujours le bénéfice du doute aux gens à un point que parfois je deviens naïf.

Merci de m’avoir donné la vie, merci d’avoir partagé mes 24 années d’existence. J’aurais aimé avoir un sursis, te faire des petits enfants, te rendre fier mais tu as commencé un autre voyage. Un jour, je te rejoindrai, je te raconterai la vie que j’ai eue. Je te dirai qu’on ne t’a jamais oublié. En attendant, je lève mon verre à l’amour parce que quand tu habites le cœur de quelqu’un, tu y restes jusqu’au dernier battement.

À bientôt papa !

Je me sens bien entouré

J’ai reçu vos mots, vos silences, vos poignées de mains, vos câlins, toutes les petites attentions et les gestes d’affection. Quand je devais me sentir faible, vos mots, vos sourires, vos regards m’ont soutenu. Je vous ai vus parler à ma mère. Je vous ai vu vous asseoir, partager notre douleur sans rien dire. Merci. Merci pour tous ceux, toutes celles qui ont manifesté le moindre geste envers ma famille. Croyez-moi, mon cœur est assez grand, je vous ai tous fait une place.

Ce soir, trinquons en hommage à mon père ! Célébrons la vie d’un homme qui a fait de son mieux pour laisser au monde son héritage : Joël, Johanne, Georges et moi. Si tu as déjà rencontré l’un de nous quatre, tu sais donc qu’il a fait du bon boulot ! Bien sûr, je sais, c’est surtout parce qu’il a eu une magnifique épouse, merci maman. On reste fort.

À Jean Berteau Beauchamp, papa !

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