Je ne pensais qu’une corde autour du cou pouvait faire aussi mal

Un texte de Gio Casimir


Je ne pensais pas qu’une corde pouvait faire aussi mal autour du cou. J’avais répété cette scène comme je l’avais fait pour toutes mes représentations. Je m’étais offert le droit de vouloir en finir une fois pour toute. Le nœud étant bien fai, il me suffirait probablement moins de cinq minutes pour m’en aller, le vol d’un ange comme on dit.

J’avais 19 ans quand j’ai passé ma première audition. J’étais anxieux, je n’étais qu’un jeune comédien avec peu d’expérience mais je tenais tellement à cette pièce que j’étais prêt à faire le figurant s’il le fallait. Au suivant !Au suivant ! Et arrivait mon tour, j’étais sur scène comme en transe, je perdais le contrôle de mon corps, cette scène était à moi, je la voulais !La metteure en scène me sourit et me fit signe de laisser la salle. L’attente était bien longue. Je me faisais tous les films possibles et imaginables. Peut-être que je m’aurais jeté à ses pieds pour hurler que j’étais sans abri et que cette pièce était ma seule bouée de sauvetage. Elle étair revenue vers moi tout sourire, j’ai eu le rôle et les premières répétitions étaient dans les trois semaines qui suivaient.

Depuis ce jour, ma vie est une succession de spectacles à succès, certains moins que d’autres mais je me suis bien débrouillé. Je suis devenu aujourd’hui une pointure dans mon domaine. Pourtant, j’ai peur de la nuit. Tous les soirs en rentrant chez moi, j’angoisse.

La notoriété est venue avec d’autres alliés et j’avais découvert à mes dépends que les faux-culs étaient une espèce toxique en pleine expansion dans le milieu. J’avais choisi l’alcool pour mieux oublier le lendemain et les jours suivants. Je plongeais la tête baissée dans ce nouveau cercle vicieux sans savoir comment je m’en sortirais mais ces habitudes aussi mauvaises soient-elles me permettaient de taire les voix qui envahissaient ma tête.

Je me réveille avec la gueule de bois, encore une nuit trop arrosée. C’était ma dernière nuit, ce sera ma dernière journée, je n’en peux plus. Je regarde le nom de la personne qui tente vainement de me joindre… Mon ex-femme rira sûrement bien en apprenant la nouvelle. Je me passe la corde au cou, je regarde une dernière fois la maison et les choses auxquelles je tiens et je plonge.

J’entends des voix autour de moi… Peu importe où je suis, cet endroit a des airs de jour de marche. Je distingue à peine les visages. Il y a beaucoup de lumieres, trop à mon goût et le bruit est insupportable.

– Voilà le rêve que je refais depuis des mois, docteur.

Mon thérapeute me sourit. Il est affable le type !

– Je suis content que tu aies eu le courage de venir en consultation. La dépression est une pathologie plus répandue qu’on le pense. Il est toujours bien de prendre les devants assez tôt pour qu’elle n’évolue pas en trouble psychiatrique.

Je vais t’aider à aller mieux !

4 commentaires sur “Je ne pensais qu’une corde autour du cou pouvait faire aussi mal

  1. Je tiens une fois de plus à te remercier, Samuel Beauchamps, d’avoir pris l’initiative de mener cette lutte contre la dépression. Je pense que le plus grand travail reste tout d’abord à identifier les « symptômes » de ce grand rongeur. Et l’autre reste à avoir le courage d’en parler.

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