Laisse-moi chier tranquille!

Port-au-Prince a une mélodie. Une mélodie à contre temps. Proche de la cacophonie. Mais pourrait l’apprécier qui sait bien écouter.

Il nous est tous déjà arrivés, dans les quartiers populaires, de danser sur le rythme de la musique que notre voisin était en train d’écouter. Parfois, le voisin nous fait découvrir d’autres styles. Il a rarement le même goût que nous, le voisin qui possède la radio. Si on est Pop, il est rap. Si on est rap, il est trap. Si on est trap, il est Rabòday. Côté musique, on s’entend rarement avec le voisin Dj. Mais ça a du bon(question de point de vue optimiste : toujours voir le bon côté des choses). Il nous fait découvrir des titres qu’on retrouvera jamais dans notre playlist. Il les passe tellement souvent, qu’on finit, sans même s’en rendre compte, par connaître les paroles par cœur. Et on en assez du voisin, on sort. Dans la rue, il y a la voix de cette marchande qui interpelle tous les passants, cherchant à se faire un client. Ce chauffeur de bus qui n’arrête pas de klaxonner. Ce chauffeur avec son immatriculation OFF qui soudainement met sa sirène après s’être rendu compte qu’il est en retard au rendez-vous avec sa petite amie. Cet homme qui prêche le paradis à qui veut l’entendre. Ce chauffeur de camionnette qui me jette un flot d’injures parce que je traverse la rue avec des écouteurs à l’oreille et que j’ai l’air d’apprécier beaucoup « Hot girl bummer » que je suis en train d’écouter.

Port-au-Prince a sa mélodie. Parfois, c’est juste un cri. Cri d’un nouveau né. Cri d’une mère qui vient de perdre son enfant. Cri d’un enfant qui vient de perdre sa mère. La ville est orpheline de père. Port-au-Prince est un cri de détresse.

De l’autre côté de la rue, il y a une dispute. Des gens s’attroupent. On entend pas ce qu’ils disent à part quelques “Kolan…”(injure préférée des haïtiens). Moi, personnellement, j’évite les altercations. Surtout celles qui n’ont rien à voir avec moi. Et comme j’allais nulle part, je rebrousse chemin. Je décide de rentrer.

Memories de Maroon 5 dans les casques. Je sors mon portable, Facebook me suggère des collègues au bureau pour amis: Vous connaissez sûrement M. Xy. Oui, c’est mon patron, fous-moi la paix Zuckerbeg! Lui et moi, nous serons jamais potes, ici sur Fb ou ailleurs. Il me tape sur les nerfs finalement. Zuckerbeg ou mon patron? En fait, les deux. Dure journée au boulot. Je rêvais d’un peu de repos au calme chez moi mais mon voisin était contre. J’ai voulu marcher un peu, ça n’a pas marché non plus. Le monde m’énerve.

Port-au-Prince fait le même bruit que le monde. En plus fort ou en plus petit. Ça dépend d’où tu l’écoutes…

Je rentre chez moi, je me rends dans les toilettes. Je garde mes écouteurs. Rien ne nous empêche de chier et d’écouter de la bonne musique en même temps. Ici, c’est calme. Je me sens enfin dans mon intimité: sans le voisin et sa radio, sans les Klaxons, sans le chauffeur vulgaire… Enfin, un endroit paisible. Et j’ai repensé à Port-au-Prince, au monde… et je me suis dit, peu importe où je me retrouve sur terre, je me dois de me trouver un endroit où je pourrais être seul et en paix de temps à autre. Puis mon frère vient frapper la porte, avant son troisième coup, je lui ai crié: laisse-moi chier tranquille!

2 commentaires sur “Laisse-moi chier tranquille!

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