Le prix à payer

Le prix à payer

« La violence ne résout pas le problème. Il faut toujours avoir recours au dialogue. Sans être stupide ! Si la violence ne peut résoudre le problème, elle peut néanmoins l’éliminer. On doit tout simplement s’assurer d’être toujours le premier à dégainer. » Le geste était parfaitement synchronisé avec la fin de sa phrase : il sortit le glock 45 de dessous son maillot et pointa son interlocuteur en continuant : Voilà tout ce en quoi je crois. Alors, à combien tu estimes ta vie ?

_ Quoi ? Comment ? Bégaya son interlocuteur.

_ À combien tu estimes ta putain de vie ? hurla-t-il. Combien tu crois que tu vaux, Jean Louis ?

_ 8000. Je te donne 8000 dollars si tu me laisses la vie sauve.

_ Faut croire qu’on t’a surestimé. On m’a payé 8000 $ pour te faire la peau. Alors je te repose la question une dernière fois : à combien tu estimes ta vie ?

_ Je te donne 10000. 10000 pour ma vie. 

_ Vas-y, je t’attends.

_ Quoi ? Là maintenant ? 

Il ne le laissa même pas terminer sa phrase qu’il frappa sur le bureau qui les séparait en criant : Fais pas chier, Jean Louis ! Ne te fous pas de ma gueule ! Je sais que tu as un coffre ici où tu gardes beaucoup de liquide. Je t’attends. Je n’ai pas toute la nuit.

Tu ne comptes pas ? dit Jean Louis en voyant l’homme avec l’arme prendre le sac des billets qu’il avait laissé tomber par terre. 

_ Pas besoin. En fait, je m’en fous que le compte soit exact ou pas. Tu mourras ce soir de toute façon. Tu sais pourquoi ?

_ Quoi ? Mais j’ai fait tout ce que tu as dit. Les 10 mille sont là. Si c’est plus que tu veux…

_ Ce n’est pas une question d’argent. C’est Clark qui m’a commandité. 

_ Clark ? Clark Benoit ? Mais il a été tué hier soir.

_ En effet, je l’ai tué hier soir. 

_ Mais pourquoi ?

_ Quoi ? Il a envoyé te tuer et tu te plains qu’il a été tué avant toi ?

_ Mais non, je veux juste comprendre. Il t’envoie me tuer, tu le tues mais tu viens quand même faire le boulot. Ça n’a aucun sens…

***

À combien peut-on estimer la vie ? Quel est le prix d’une vie ? Est-ce que la vie d’un politicien vaut mieux que celle d’un étudiant ? Est-ce que la vie d’un étudiant vaut mieux que celle d’un analphabète ? Est-ce que la vie d’un criminel en vaut encore moins ? Si on devait estimer la vie d’un homme, quels en seraient les critères ? Le nombre d’années qu’il a vécu ? Les études qu’il a faites ? Les actions qu’il a commises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises ? Sa famille ?  Sa fortune ? On l’avait payé 8000 dollars pour tuer un homme, et ça lui avait coûté cher. Trop cher. 

Une semaine de cela, il était dans le centre pénitencier de Hinche. Il purgeait sa peine avec quelques gars de sa bande. Purger sa peine n’était peut-être pas la meilleure expression à utiliser. C’était pour lui comme des vacances. Il commençait un peu à en avoir marre des contrats par ci par là qui n’en finissait plus. Là, il n’y avait plus de casse, plus de contrat à exécuter. Il envisageait sérieusement d’arrêter. Il le devait. Il voyait cet énième passage dans une prison comme une rédemption. 

Pourtant, il y a de cela exactement 10 jours, l’un des sécurités lui remit un téléphone en lui disant que quelqu’un voulait lui parler. Ce soir-là, il ne reçoit aucun appel. Il se demandait qui pouvait bien vouloir le contacter et pourquoi. Le lendemain soir, le portable sonna. 

_ Stanley, j’ai un contrat pour toi.

_ Pas intéressé.

_ 8000 dollars. Cash.

Stanley ne répondit pas. Il réfléchissait. Il n’avait jusque-là fait aucun coup qui lui avait rapporté autant. 8000 billets verts ! Cela pourrait bien être son dernier coup. 

_ Alors ? Ça te dit ?

_ T’oublie que je suis en taule ?

_ On a déjà tout planifié. Tu t’évades demain soir. Choisis six de tes hommes qui sont avec toi. 

On lui donna toutes les instructions pour l’évasion.

Le lendemain, il en parla à Max. Max était l’un de ses gars. Un mec bien diraient certains. Ils se demandaient même pourquoi il n’arrêtait pas de traîner avec une racaille comme Stanley. Le plus faible, voilà, en tout cas, ce que croyaient les gars de la bande de Stanley. Ils ne pouvaient comprendre pourquoi Stanley avait autant d’affection pour ce mec. Il ne comprenait surtout pas pourquoi le boss lui demandait toujours son avis sur les coups. Il y avait même des coups très juteux que le boss avait laissés tomber à cause de ce gars. Il n’était pas bon pour le business. Certains auraient bien aimé le liquider mais ils avaient trop peur du boss.

_ T’avais promis, Stanley. T’avais promis qu’on arrêterait. Il faut qu’on arrête !

_ Je sais. Mais cet argent, Max, c’est notre plan parfait de retraite. Ce sera le dernier.

_ C’est quoi le deal ? Personne ne sera tué ?

_ Je ne sais pas pourquoi le gars veut m’engager. Mais je te promets que personne ne sera tué.

Ce soir-là, tout était planifié. Il y avait une partie de la clôture de la prison laissée sans surveillance. C’est là que ça allait se passer. Quelques minutes après leurs évasions, l’un des gars de la sécurité sorti de nulle part sonna l’alerte et ouvrit le feu. Deux des gars de Stanley furent touchés ; Max était l’un des deux. Il mourut sur le coup. Pourquoi c’était toujours le plus jeune à laisser sa peau ? Pourquoi c’était au mec bien de mourir ? Il n’aurait même pas dû être là. Le soir même de l’évasion, son commanditaire l’appela : Alors, tout s’est bien passé ? Je suis désolé pour tes deux hommes, mais il fallait que ça fasse vrai ! Repose-toi, on se voit demain soir. 

***

_ Voilà, une moitié maintenant, l’autre moitié quand le boulot sera fait. 

_ Je veux le tout maintenant, répondit calmement Stanley en regardant le sénateur droit dans les yeux.

_ Quoi ?

_ Je ne vais pas me répéter.

_ Bon, d’accord. Et tout en lui donnant le sac rempli des 8 milles, il demanda et quand est-ce que ce sera fait ? 

_ Tu sais pourquoi je tenais à te voir seul ?

_ Je ne sais pas moi, pour la confidentialité. Ça m’arrange aussi.

_ Mais non, parce que t’as une trop grande gueule, répondit Stanley en dégainant. L’un des gars qui s’est fait buter hier soir était mon frère.

On pouvait lire la stupéfaction sur le visage du sénateur juste avant d’entendre l’intonation.

***

Ça n’a aucun sens. C’était la dernière phrase de Jean Louis. Elle résonnait encore comme un écho dans la tête de Stanley. Effectivement, cela n’avait aucun sens. Personne ne devrait être tué, telle était la promesse qu’il avait faite à son petit frère Max. 

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