On se retrouvera, peut-être…

« On ne nous a jamais appris comment construire un présent sur les ruines du passé. Et aujourd’hui, cela nous aurait été bien utile vu que le passé nous barre la route… On s’est rencontré au mauvais moment. Il aurait peut-être été mieux de se retrouver quelques kilomètres plus loin, là où il n’y aurait que les cicatrices laissées par le temps.

Mais, non !

Fallait qu’on se croise à ce carrefour où l’on roulait à direction opposée. Heureusement que la terre est ronde ! Peut-être qu’on finira par se retrouver au bout du chemin. En attendant, ma grande, vis ta vie accrochée aux étoiles où chaque soir, en contemplant la lune, je retrouve ton sourire… »

Cela fait combien de fois qu’elle relisait ce message ? Elle-même n’en avait plus aucune idée. Elle aimait surtout le relire le soir, avant de s’endormir. Elle ignorait pourquoi ce message lui plaisait autant. C’est vrai, elle aimait la façon qu’il avait de s’exprimer. Il disait les mêmes choses que tout le monde, mais il avait cette façon de les dire si différemment. Cette manière d’être charmant. Il avait tout pour être ce mec qui pouvait berner même Dieu si ce dernier était effectivement une femme comme l’a chanté l’autre.

Voilà l’une des raisons d’ailleurs pour lesquelles elle avait peur de s’aventurer. Elle avait peur de ce genre de mec. Elle les avait expérimentés et en avait eu sa dose. Bien que celui-là avait l’air sincère… mais elle se méfiait. Comme on dit, chat échaudé… ! Et puis, s’il arrivait qu’il fût sincère, elle avait aussi peur de ça. Elle avait peur de le blesser. Elle ne se sentait pas prête à se livrer. Pourtant à chaque fois qu’elle le rencontrait, elle se sentait tellement bien. À chaque fois, elle avait cette envie de se blottir dans ses bras un peu comme l’ours polaire qui se trouve un endroit où hiberner. La seule différence c’est qu’elle souhaitait y rester pour toujours. Et Dieu sait combien de fois elle avait cette envie aussi intense de l’avoir dans son lit. Des fois, juste un effleurement de leur peau la faisait frémir…

***

Il était là dans ce bar. Celui qui ferme ses portes le plus tard dans la zone. Cela fait quelque temps qu’il le fréquentait. Il buvait un peu plus que la moyenne mais ne se disait pas alcoolique pour autant. Et de fait, il ne l’était pas : il ne buvait que deux ou trois bières à chaque fois. Il y allait pour réfléchir. Il doit être parmi les rares personnes de ce monde à vouloir réfléchir dans des endroits remplis de monde. Il y allait pour réfléchir, seul à chaque fois. S’il se faisait accompagner c’est qu’il y allait pour éviter de penser. Se vider la tête. Il déteste boire seul. Seulement quand il veut réfléchir. Et cela fait quelque temps qu’il y va seul. Et à chaque fois, il relit ses messages.

Elle lui avait dit que ce n’était pas lui le problème. Qu’elle se sentait bien avec lui. Qu’elle aurait aimé cette aventure peu importe le dénouement. Mais, elle ne sentait pas prête. Alors il lui avait envoyé ce message pour lui dire qu’il aurait donc aimé la rencontrer dans d’autres circonstances. Il n’avait pas insisté. Il se demande encore aujourd’hui pourquoi il n’avait pas insisté… Ce n’était pas juste un flirt pour lui. Bon oui, peut-être au départ. Mais il avait pris le temps de la connaître. Elle était au final aussi adorable à l’intérieur qu’à l’extérieur. Elle était intelligente, sensible. Et tout cela la rendait encore plus attirante à ses yeux. Il n’a jamais compris pourquoi il voulait tout rationnaliser. Il avait des principes que lui-même parfois trouvait débiles. Il ne couchait jamais avec une fille qu’il ne jugeait pas apte à être la mère de son enfant. Il croyait que parfois l’amour nous tombe dessus mais d’autre fois, il fallait le construire brique par brique. Et avec cette fille, il voulait bien construire un château d’amour grand comme le monde_ il imaginait même parfois des enfants courant dans ses allées où jouant dans sa cour.

Alors pourquoi ne pas avoir insisté ?

Lui aussi, quelque part, ne se sentait pas prêt. Il sortait d’une rupture. Il ne voulait pas qu’elle soit celle qui allait réparer son cœur. C’était un fardeau qu’il jugeait trop lourd à lui infliger. Il voulait d’abord se soigner. Apprendre à s’aimer. Réapprendre aimer. Il avait surtout peur. Peur de la blesser. Il était d’une telle maladresse qu’il brisait tout ce qu’il touchait. Et parfois cela n’épargnait pas les cœurs qui avaient pris le risque de le laisser les caresser. Il n’était pas du tout mauvais. Il était juste maladroit. Un peu trop. Elle, il voulait la protéger. Et elle lui avait dit qu’elle n’était pas prête… alors il n’avait pas insisté. Peut-être que c’était la meilleure chose à faire. Peut-être que c’était la seule façon de la protéger. Pourtant à chaque fois qu’ils se rencontraient, il se rendait compte à quel point elle était magnifique. Elle était comme ces îles magiques qu’on cherche à découvrir. Et à chaque fois, il la voulait encore plus. À chaque fois, il voulait l’avoir dans ses bras. La serrer si fort comme si la lâcher pouvait causer sa mort. À chaque fois, son cœur s’arrachait quand elle devait partir. Et Dieu sait combien de fois il l’avait accompagnée dans ces ballades nues dans les corridors de son esprit tordu…

***

C’était un après-midi timide. Ce genre d’après-midi où le soleil, fatigué voulait rentrer plus tôt tandis que la lune trop paresseuse tardait à venir le remplacer.  On aurait dit qu’il allait pleuvoir. Mais c’était encore un rendez-vous où la pluie ne répondrait pas présente. Ce genre d’après-midi frais sur Port-au-Prince. L’impression de pluie imminente rendait la circulation un peu dense : tout le monde se pressait de rentrer chez soi. Pourtant ce jeune au carrefour de l’aéroport qui s’impatientait dans un taxi ne rentrait pas chez lui. Il en avait marre, particulièrement ce jour-là, d’attendre que cinq autres passagers viennent remplir le taxi pour que ce dernier démarre. Il n’était pas en retard pourtant. Mais il avait justement hâte d’arriver à son rendez-vous. Il savait qu’elle était seule chez elle. Pleins d’idées lui traversaient l’esprit. Des idées les plus saines aux plus tordues. Bref, il avait hâte.

                                                                         ***

Elle était sous la douche. Elle aimait la sensation de l’eau qui caressait sa peau. Un instant, elle l’avait imaginé auprès d’elle. Elle s’était dit que la sensation aurait été encore plus agréable s’il y avait aussi les caresses de ce gars. L’idée l’a légèrement excitée. Elle l’a vite chassée. Elle se rendit compte qu’il y avait déjà quelques bonnes minutes depuis qu’elle avait terminé de se laver. Elle ferma le robinet, sortit de la douche, pris une serviette s’essuya le corps et se laissa tomber nue dans son lit. Elle savait qu’il était en route pour venir la voir. Elle avait vraiment envie de le voir. Et elle savait bien qu’elle avait aussi d’autres envies pas trop catholiques. Elle regarda l’heure sur son téléphone et se dit qu’il devrait arriver dans moins de dix minutes. Elle se leva pour s’habiller.

***

Effectivement, il était dans l’entrée moins de dix minutes plus tard. Il marchait vers la maison, prenant en même temps son téléphone pour l’appeler et lui dire qu’il était là. Il vit sa tête apparaitre dans l’une des fenêtres avec un de ces sourires d’ange dont elle seule avait le secret puis elle disparut. Environ une minute s’était écoulée quand elle réapparut dans l’allée, venant à sa rencontre. Elle était tellement mignonne ! Elle portait un petit maillot rose, sans soutien-gorge, ainsi qu’un pantalon court gris. Il prenait son temps pour la contempler quand elle lui dit : Hé ! Salut !

Il se demanda à cet instant si elle prenait le risque d’arrêter de sourire. Il était convaincu que dans un tel cas, la terre arrêterait de tourner. Il lui rendit son sourire tout en sachant que le sien était bien terne devant la lumière qui émanait de son sourire à elle. Mais au lieu de lui répondre, il lui tendit les bras et ils se donnèrent le genre de câlin qu’on souhaite voir durer une éternité.

L’appartement était modeste. Elle y vivait seule avec sa grande sœur. Il a, tout de suite, imaginé la complicité qui existaient entre elles. Elles étaient sans nul doute responsables l’une de l’autre, peu importe laquelle était la plus grande. Elle l’invita à s’asseoir et la conversation commença. Ni l’un ni l’autre ne savait comment ils se sont retrouvés sur le lit en train de s’embrasser. Elle aimait la douceur de ses lèvres. Il adorait la façon dont elle l’embrassait.

Il l’aida à enlever son maillot. Il découvrit des seins magnifiques qui épousaient chacune de ses mains. Ces seins étaient faits sur mesure_ ils étaient faits pour ses mains. Et quand il les portait à ses lèvres, la douceur qui en émanait, les petits gémissements qu’elle faisait… Il était incroyablement excité. Il était maintenant sur elle. Il la regardait droit dans les yeux. Non. Il contemplait son âme. C’était comme si à ce moment précis, son âme aussi était à moitié nue. Il se rendait encore une fois compte à quel point elle était merveilleuse quand elle lui dit soudain qu’elle ne pouvait pas. Il lisait dans ses yeux. Il voyait à quel point ils brillaient d’excitation. Il savait pertinemment que s’il insistait, elle se laisserait faire. Pourtant, il embrassa juste son front et se laissa glisser auprès d’elle sur les draps. Il l’attira vers lui et elle se blottit dans ses bras. Ils se prirent la main et leurs doigts s’entrelacèrent comme une promesse d’amour dont le temps était peut-être en train de rire. Ils étaient tous deux en train de se dire qu’ils s’étaient rencontrés au mauvais moment.  Et dans le silence qui régnait dans la salle, chacun avait les doigts de son cœur croisés priant pour ne pas être en train de passer à côté de l’histoire de sa vie.

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