Fous-moi la paix!!!

Selon un rapport de l’OMS publié en 2018, un suicide se produit toutes les 40 secondes dans le monde…

Foutu silence! Pourquoi faut-il qu’on garde le silence? Est-ce par altruisme qu’on choisit de souffrir en silence, seul dans son coin à ruminer les pensées les plus obscures? Pourquoi, merde, on ne peut pas juste crier à l’aide? Pourquoi elle ne m’avait pas dit qu’elle allait mal? Nous étions proches pourtant… Je me rappelle encore de cette soirée comme si c’était hier. Je crois que je ne l’oublierai jamais d’ailleurs. Dire que notre dernière conversation était une dispute. Nous avions planifié de sortir faire la fête ce soir-là. Quand je suis rentré des cours, j’ai vite couru sous la douche et  ce n’est que quand je fus prête pour partir que j’ai remarqué que ma sœur, elle était dans son lit en pyjama.

_ Mais qu’est-ce que tu fous là? On avait prévu de sortir. Tu m’avais promis de m’accompagner.

_ T’es une grande fille. Tu peux y aller toute seule.

_ Merde! Je sais que je peux y aller toute seule, je veux juste que tu m’accompagnes.

_ Vas y toute seule. De toute façon, je ne suis pas d’humeur.

_ Allez, fais pas ta pute dépressive!

_ Fous-moi la paix, putain!

Elle s’était retournée sur le lit et moi, en colère, j’ai claqué la porte. J’avais le pressentiment que quelque chose clochait avec elle mais je devais rencontrer ce gars qui me plaisait à cette soirée, je ne voulais rater cela pour rien au monde. Mais j’ignorais quel serait le prix à payer. Au cours de la soirée, mon portable sonna et mon père m’apprit la mauvaise nouvelle. Ce genre de nouvelle qui te gâche ta soirée. Ce genre de nouvelle qui te gâche la vie. Ma grande sœur s’est suicidée.

***

De nous deux, ça a toujours été moi la plus festive. J’aimais sortir, boire, fumer en douce, faire la fête. Pas toi, ma sœur. Si tu étais dans une soirée, c’est que je t’y avais traînée. Parfois, Presque de force. Tu étais la plus responsable, la plus mature. Ben, c’est un peu normal, tu étais la plus grande. Mon aînée de deux ans. Nous étions les seules enfants de la famille. Deux sœurs, unies contre le reste du monde. Nous partagions presque tout: la chambre, les vêtements etc. Nous nous disions tout. Il faut croire maintenant que nous ne nous disions pas tout finalement. Pourquoi tu ne m’avais rien dit de ce qui te tourmentait? Encore aujourd’hui, je n’arrive pas à comprendre pourquoi tu t’es suicidée. Toi qui étais toujours souriante. Toi qui, malgré le fait que tu n’aimais pas les fête, affichais toujours cette joie de vivre. Toi qui étais toujours prête à aider les autres, à les faire rire… aujourd’hui encore, j’y comprends rien. Pourquoi tu as fait cela?

“Je suis désolée.”

Voilà le seul message que tu as griffonné sur ce bout de papier. Mais désolée de quoi? On n’avait rien à te reprocher. T’étais presqu’une sainte, bon sang! Tu ne buvais presque jamais. Tu ne fumais pas. Tu étais vegan, merde! De quoi pouvais-tu être désolée? De nous deux, c’était moi la gaffeuse et tu sais, ton départ nous tue tous à petit feu. Maintenant, quand je fais une connerie, les gens me regardent comme si c’était la mauvaise sœur qui est encore vie. Des fois, j’aurais aimé changer de place avec toi. Maman a décidé que nous devrions voir un psy. Papa a refusé de venir. Il souffre seul, en silence, comme tu as fait. Donc maman et moi nous voyons régulièrement le psy. Je ne vois pas trop en quoi il aide. À la maison, c’est tout le temps des disputes. C’est comme si chacun essayait de trouver le coupable, qui blâmer. Moi, je crois que nous le sommes tous: toi, maman, papa et surtout moi. Si seulement j’étais resté à tes cotés ce soir-là…

Ce soir encore, ce fut la énième dispute avec maman. Elle m’a choppé dans la cour arrière en train de fumer une clope. Elle s’est énervée et s’est mise à hurler. J’ai lâché la clope, sans rien lui dire puis je suis rentrée prenant la direction de ma chambre. Elle continuait à me hurler des trucs puis dans un excès de colère, elle a crié qu’elle aurait préféré que ce soit moi. Je sais qu’elle ne le pensait pas vraiment. Qu’elle n’aurait jamais dit cela en d’autre circonstance mais ça m’a quand même mis dans une colère noire et je me suis mise à lui crier dessus à mon tour. Je me rappelle plus de ce que je lui ai dit mais avant de lui claquer ma porte au nez, j’ai hurlé: fous-moi la paix!

2 commentaires sur “Fous-moi la paix!!!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s