La mort au gout exquis

un texte de Kensyana Naola Stéphanie Joseph

Un verre à mes doutes

À mes incertitudes

À mes peurs

À mon vide qui déborde dans le vase de mes ressentis

Un verre à ma mélancolie

À mon amertume

À mon humeur morose

Un verre à la dépression

À la solitude qui me tienne toujours compagnie

Un verre au néant

Un verre à la nuit

Un verre à mes imperfections

Ce soir, je bois en l’honneur de mon âme comblée d’aversions

Je suis de celles qui n’ont point besoin d’autre miroir que ses propres prunelles. J’ai appris à lire en moi même ce que ne révélaient point les lèvres d’autrui. Je connais les coins et recoins de mon âme endolorie par l’indifférence de ceux qui se disent prêts de moi. J’ai peur des autres. Surtout de ceux qui croient que je suis porteuse d’une flamme quelconque et sont prêts à marcher dans mon ombre. Je les évite car ils n’hésiteront pas non plus à éteindre cette lumière. Oui, j’ai peur des autres! Mais ce n’est rien à côté des démons habitant les ruelles de mon être. Eux, ils sont vilains, dangereux et hypocrites.

Le reflet de cette femme que me renvoie ce morceau de miroir était d’une grande beauté, d’une grande souplesse. Elle ne souriait pas. Ses beaux iris d’un marron noir rendaient son regard profond et puisque son visage était vidé de toute expression, elle semblait froide et distante.

Ce qu’était ma vie d’avant n’a nulle importance, à ceux qui souhaitent le savoir. Mais je suis et encore mieux, je suis devenue. N’est-ce pas être et devenir pour une meilleure version de soi? Alors je suis. Je suis ce que vous prétendez être et je suis devenue ce que vous taisez et étouffez au plus profond de vous.

Ce que j’ai vécu avec ce fragment d’âme m’a quelque peu dépassée. J’ai dû mener un combat qui n’impliquait que moi. Y en a qui ont voulu me sauver de cette guerre, un esprit qui voulait mourir dans un corps qui désirait vivre. Mais c’était sans succès, et la seule dimension qui n’avait point son mot à dire, n’était que mon âme.

Je me suis vue traîner mon corps à travers les ruelles désertes de ma solitude. J’ai rencontré à certains angles, la douleur d’un mal qui a trop duré, l’exaspération d’un vide constant, incapable d’être comblé, pour finir sur la grande rue des interminables sourires artificiels, qui embellissaient les corridors de mes sentiments noirs.

Mon cerveau a perdu les pédales de nombreuses fois. Je l’ai regardé trimballé en sa compagnie des regrets d’une vie non désirée. Je l’ai vu se noyer dans cette folie de croire qu’il puisse exister quelque part sur terre, un monde de bonheur, de paix… Je l’ai longtemps observé, se plaire quelques fois dans sa démence d’être meilleur ou d’être pire, que cette vie était sienne, un cadeau sans doute non désiré mais mérité.

Cette guerre a trop longtemps duré. Elle a détruit beaucoup plus qu’elle en a créé. Elle m’a rendue faible, impuissante et vulnérable tout le contraire de ce que croient les autres. Ces autres qui ne sont pas moi. Ces autres qui me voient telle une source d’énergie inépuisable.

Ce soir je l’aurai. J’aurai cette paix profonde et éternelle. Il faut que je me batte encore, un dernier combat parce que je la désirais et sans doute, je la méritais.

La mort me demanda de sa voix paisible, en toute quiétude:

– Comment voudrais-tu que je vienne ce soir?

Ma robe noire bustier épousait parfaitement mon corps, je ne voulais pas me maquiller. Je comptais être belle, être douce et être calme pour ce moment de béatitude. Face à ce miroir, je m’admirais longuement et amoureusement. Mon verre de vin rouge ne gardait qu’une demi-gorgée de son contenu et le couteau était posé là, à deux centimètres. J’imprégnais les dernières notes de l’interprétation SOUND OF SILENCE du groupe Disturbed. Je savourais cet instant, pour la dernière fois comme une dernière danse. Et je m’emparai du couteau. Je savais comment je voulais qu’elle vienne, comment je souhaitais qu’elle me tienne la main et qu’elle me dise que tout ira bien.

– Je voudrais que tu arrives lentement et que tu t’incrustes doucement dans ma chair, que tu y arrives profondément en dessous. Je voudrais te sentir et te savoir douce, fragile, belle, profonde et dangereuse. Je voudrais que tu sois là exactement ainsi quand je m’ouvrirai les veines.

Mon sang s’égouttait de mon corps et maculait le sol d’une couleur rouge vif, j’avais mal et je criais. Plus ma voix montait en altitude, plus je me sentais libre. J’avais la nette certitude que j’exorcisais des démons de mon corps. Un mal pour un bien! Je pouvais l’avoir maintenant, ma liberté, ma paix ainsi que mon bonheur, j’avais choisi de les gagner.

Car si le bonheur est un choix, le vivre ici ou ailleurs n’en est pas autrement.

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